Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Lettre à la jeune fille que j'étais il y a deux ans

Plus de deux ans sont passés. Je pense que c'est enfin le bon moment pour m'écrire. Ce n'est pas vraiment à moi-même que j'écris car je suis si différente de celle que j'étais il y a deux ans. Et pour rien au monde je ne voudrais redevenir celle que j'étais avant.

 

<><><><><>

 

Je pensais que tout allait plutôt bien. Malgré certains coups durs comme le divorce de mes parents ou la perte d'un de mes grands-pères (de coeur), je me disais que ça allait. Malgré tous les tracas du quotidien qui me paraissaient banals. Malgré les amis qui se sont révélés ne pas être de vrais amis. Ce n'était pas si grave sur le coup. Ca faisait mal mais c'était comme ça.

Et si finalement je te disais que si. Qu'à force d'avoir essayé de contenir toute ma peine, toute ma tristesse, à ne pas avoir réussi à dire à quelqu'un que je me me sentais vide (parce que c'était ce que ressentais), je n'avais pas fait une erreur ? Alors je te le dis : oui j'ai fait une erreur, oui j'aurais dû dire ce que je ressentais, exprimer mes émotions. Mais ça n'était pas le bon moment.

Et si je te disais aussi que les choses sont bien faites et que mon corps me l'a rappelé au moment opportun.

Cette année de troisième, je n'en pouvais plus. Je n'en pouvais plus de ses filles, j'ai commencé à avoir un peu plus mal à la tête mais rien d'insupportable. Et puis j'ai pris une décision : choisir un autre lycée, loin de tous, pour ne plus revoir les mêmes têtes que je voyais depuis quatre ans, pour changer d'air et rencontrer de nouvelles personnes. Et ça a été pour moi le début de la fin. Enfin ça, c'est ce que je croyais. J'ai alors commencé à avoir mal à la tête, tout le temps et malgré tous les médicaments que je prenais, ça ne partait pas. J'ai eu tellement mal une fois, que j'ai du aller aux urgences. Et là verdict : céphalée chronique quotidienne avec abus médicamenteux. Les céphalées, je connais. Je suis migraineuse depuis presque toujours. Alors bon, ça faisait très mal mais il restait l'espoir que ça parte comme ça l'avait déjà fait par le passé. Mais ça a continué et je n'en pouvais plus de mon médecin qui me disais "Il faut continuer à vivre". Je n'arrivais pas à vivre normalement et ça a été pire pendant mon année de première où j'ai eu tellement mal que je ne suis plus retournée en cours (ou par ci par là). L'hospitalisation ne m'a rien appris de plus à part me laisser encore plus mal dans mon corps. Je ne savais pas ce que j'avais, les médecins ne le savaient pas. J'étais littéralement perdue et j'avais toujours mal. Pendant cette année, j'ai eu très mal, puis un peu moins, puis plus. Et je suis tombée en dépression. Je n'avais jamais rien vécu de semblable avant ça et ça a été tout bonnement horrible. Je suis passée par des milliers de sentiments différents : la tristesse, la colère, la frustration, le désespoir, la culpabilité, et puis un jour l'acceptation. On m'a dit, à l'hôpital, d'aller voir une psy, moi qui ne disait jamais rien sur moi. Et ça a été l'une des meilleures choses à faire. Pour la première fois de ma vie, j'ai réussi à me livrer à une personne, à m'exprimer, à dire ce que je ressentais. Et je continue toujours de le faire.

Et si je te disais que ces maux qui m'ont empêché pendant si longtemps de vivre ma vie, et qui me gênent encore aujourd'hui, ne sont autres qu'un message de mon corps pour dire STOP. "Stop, tu ne peux plus continuer ainsi. Ce n'est pas toi ça ! A quoi ça te sert de ne rien exprimer ?" Parce que ne pas ressentir, c'est comme ne pas vivre finalement. Alors, ces maux je les déteste parce qu'ils me font tant souffrir mais je pense, avec le recul, qu'ils étaient nécessaire parce que je ne pouvais pas continuer ainsi. 

Aujourd'hui, j'ai toujours aussi mal. Mais je me sens bien. Et ça, je pense que je ne l'ai jamais dit parce que je n'avais jamais été réellement bien. J'ai mis en place, avec l'aide d'autres personnes comme le personnel médical ou alors à l'aide des rencontres que je peux faire, beaucoup de choses et j'avance. Petits pas par petits pas. Mais je vois une grande différence : je me sens moi. Pour la première fois de ma vie, celle que je savais cachée au fond de moi, est la même que celle que je vois dans le miroir. Alors il y a encore du chemin pour que je sois complètement celle que j'aimerai être mais un énorme pas a été fait. Je m'affirme, je mâture, je prends plus confiance. Et ça se ressent dans tout mon cadre familial. Tout le monde va mieux. Je vais mieux. Je fais et dis des choses qu'il y a deux ans, je n'aurai jamais fait. Parce que je n'étais pas encore moi. Je ne sais pas pourquoi j'ai été ainsi mais je suis contente d'avoir ouvert les yeux et je suis fière de celle que je deviens.

J'avais besoin d'un profond changement et la clinique m'apporte tout ça. Alors, ne te m'éprend pas, j'aimerai ne plus y retourner ! Mais là-bas, j'arrive à aller en cours, je me suis fait des amis et je bouge. Je n'ai vraiment pas le temps de m'ennuyer. Et ça m'a permis, en seulement quatre mois, de m'affirmer plus, de m'ouvrir aux autres et de me révéler à moi-même. Je rentre moins chez moi et je vois mes parents dans un autre cadre. Mon frère a pu reprendre sa place parce qu'il faut le dire, pendant près de deux ans mes parents ont surtout dû me porter. On profite encore plus des moments où nous sommes ensemble, mes parents ont l'air mieux, mon frère grandi et moi je deviens moi-même. Alors malgré toutes les contraintes à gérer et le fait que ma douleur ne veuille toujours pas partir, ça va mieux.

 

A toi, ma douleur, j'aimerai dire quelques mots. Je te parle comme si tu étais une entité à part entière parce que je ne veux pas que tu fasses parties de moi. Je te déteste. Je vais mieux dans mon corps et dans ma tête, alors je ne comprends pas pourquoi tu t'accroches. Moi, j'apprends à lâcher prise. Je t'ordonne de me lâcher. Et de ne plus revenir. Je pense avoir compris le message. Merci de prendre la porte, une bonne fois pour toute.

Cette douleur, je veux qu'elle parte parce qu'elle n'a plus de raison d'exister. Et je sais qu'elle va finir par partir, je continue à garder espoir. Comme toi, comme moi, nous l'avons toujours fait.

Lettre à la jeune fille que j'étais il y a deux ans
Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Miss S

Je pense qu'en lisant le nom du blog, vous avez compris que je suis Miss S, même si, dans la vraie vie je m'appelle Solange. Mon prénom est une référence à Solange dans "Les demoiselles de Rochefort" de Jacques Demy, un film que ma maman affectionne particulièrement ♡ Et sinon par ici, je partage avec vous mes incroyables aventures et envies de jeune fille (femme ?) introvertie-sérieuse-quiessaied'êtredrôle-etquiaimeaimepleinsdechosesdifférentes ! Et pour le reste, je vous laisse le découvrir par vous même :)
Voir le profil de Miss S sur le portail Overblog

Commenter cet article

* Libellula * 04/04/2017 09:31

C'est tellement touchant, j'en avais les larmes aux yeux, j'espère que tout ira mieux maintenant, et que cette douleur te laissera tranquille.
Bisou

Miss S 04/04/2017 15:23

Tu es un amour ♡
Bisous

Le blog d'une blablagirl 26/01/2017 15:48

Bravo pour cette magnifique lettre qui était très touchante ! J'espère réellement que tu iras mieux et que cette douleur partira définitivement. Tu es très courageuse et ce blog à vraiment réussi à te délivrer, je suis très contente pour toi, tu as fait un grand pas en réussissant à exprimer tes émotions !
Bisous ❤

Miss S 28/01/2017 19:27

Tes mots m'ont fait extrêmement plaisir, merci beaucoup :)
Bisous ma belle ❤

Mademoiselle Kati O 26/01/2017 12:47

Coucou Miss. Je suis heureuse de te lire et de voir que tu te sens mieux dans ton être. Je ne connais pas la douleur que tu récents mais à ton âge j'avais des douleurs au moment des règles qui duraient 3 jours, prenaient le corp en entier et me faisaient m'évanouir. Ça a mis des années à disparaître mais c'est complètement parti. J'espère que tu trouveras le chemin de la guérison. Appuie toi Sur ceux qui t'aiment et rêve de l'avenir serin et heureux. Je te souhaite beaucoup de bonheur et de rencontrer de belles amies qui t'aident à vivre Et à te rétrouver. Bisettes.

Miss S 28/01/2017 19:26

Je connais aussi les douleurs liées aux règles. C'est également très gênant mais j'ai "réglé" ce problème pour le moment.
Je te remercie pour ton soutien sans faille. Merci beaucoup Kati !
Bisous

Wonderful Blond Girl 26/01/2017 10:31

Hello, je trouve ton texte très touchant et magnifique, je m'y suis pas mal retrouvée. Moi aussi je suis migraineuse. Depuis que j'ai 5 ans, j'en aurais 20 cette année. Je sais ce que c'est de ne pas être compris par les autres qui pensent qu'on sur joue, que ça ne peut pas faire si mal que ça, que ce sont justes des maux de tête alors que c'est une vraie maladie et qu'elle est même handicapante quand la crise se déclare car on ne peut rien y faire et on ne peut plus rien faire et juste attendre que ça passe. J'ai failli rater mon bac à cause de mes migraines à répétition, je ne pouvais plus aller en cours, j'y allais 2 fois dans la semaine et quand j'étais là et que j'avais mal, le lycée avait peur à cause des vomissements et des nombreuses pertes de connaissance que me causais la douleur. Je sais que c'est difficile de vivre sans réel traitement car il n'existe que des médicaments pour calmer la douleur mais pas pour éviter le mal au quotidien. Et je comprends parfaitement ton besoin d'en parler parce que parfois même les médecins ne nous comprennent pas.Bisous :)

Miss S 28/01/2017 19:25

Merci d'avoir pris le temps de me laisser ce commentaire :) Et merci pour les compliments !
Pour la migraine il existe des médicaments mais bon, ça ne soigne pas à long terme. Pour ce qui est des céphalées chroniques, les médicaments marchent peut-être sur les autres mais sur moi, ça n'a fait qu'empirer les choses. Ce n'est pas la solution, voilà tout !
La migraine et les céphalées c'est quelque chose dont on ne parle que depuis récent finalement, et c'est très peu connu aussi. En parler m'aide, peut-être que quelqu'un qui vit quelque chose de similaire sera content de voir qu'il n'est pas seul en lisant mon article :)
Bisous