Plus de deux ans sont passés. Je pense que c'est enfin le bon moment pour m'écrire. Ce n'est pas vraiment à moi-même que j'écris car je suis si différente de celle que j'étais il y a deux ans. Et pour rien au monde je ne voudrais redevenir celle que j'étais avant.

 

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Je pensais que tout allait plutôt bien. Malgré certains coups durs comme le divorce de mes parents ou la perte d'un de mes grands-pères (de coeur), je me disais que ça allait. Malgré tous les tracas du quotidien qui me paraissaient banals. Malgré les amis qui se sont révélés ne pas être de vrais amis. Ce n'était pas si grave sur le coup. Ca faisait mal mais c'était comme ça.

Et si finalement je te disais que si. Qu'à force d'avoir essayé de contenir toute ma peine, toute ma tristesse, à ne pas avoir réussi à dire à quelqu'un que je me me sentais vide (parce que c'était ce que ressentais), je n'avais pas fait une erreur ? Alors je te le dis : oui j'ai fait une erreur, oui j'aurais dû dire ce que je ressentais, exprimer mes émotions. Mais ça n'était pas le bon moment.

Et si je te disais aussi que les choses sont bien faites et que mon corps me l'a rappelé au moment opportun.

Cette année de troisième, je n'en pouvais plus. Je n'en pouvais plus de ses filles, j'ai commencé à avoir un peu plus mal à la tête mais rien d'insupportable. Et puis j'ai pris une décision : choisir un autre lycée, loin de tous, pour ne plus revoir les mêmes têtes que je voyais depuis quatre ans, pour changer d'air et rencontrer de nouvelles personnes. Et ça a été pour moi le début de la fin. Enfin ça, c'est ce que je croyais. J'ai alors commencé à avoir mal à la tête, tout le temps et malgré tous les médicaments que je prenais, ça ne partait pas. J'ai eu tellement mal une fois, que j'ai du aller aux urgences. Et là verdict : céphalée chronique quotidienne avec abus médicamenteux. Les céphalées, je connais. Je suis migraineuse depuis presque toujours. Alors bon, ça faisait très mal mais il restait l'espoir que ça parte comme ça l'avait déjà fait par le passé. Mais ça a continué et je n'en pouvais plus de mon médecin qui me disais "Il faut continuer à vivre". Je n'arrivais pas à vivre normalement et ça a été pire pendant mon année de première où j'ai eu tellement mal que je ne suis plus retournée en cours (ou par ci par là). L'hospitalisation ne m'a rien appris de plus à part me laisser encore plus mal dans mon corps. Je ne savais pas ce que j'avais, les médecins ne le savaient pas. J'étais littéralement perdue et j'avais toujours mal. Pendant cette année, j'ai eu très mal, puis un peu moins, puis plus. Et je suis tombée en dépression. Je n'avais jamais rien vécu de semblable avant ça et ça a été tout bonnement horrible. Je suis passée par des milliers de sentiments différents : la tristesse, la colère, la frustration, le désespoir, la culpabilité, et puis un jour l'acceptation. On m'a dit, à l'hôpital, d'aller voir une psy, moi qui ne disait jamais rien sur moi. Et ça a été l'une des meilleures choses à faire. Pour la première fois de ma vie, j'ai réussi à me livrer à une personne, à m'exprimer, à dire ce que je ressentais. Et je continue toujours de le faire.

Et si je te disais que ces maux qui m'ont empêché pendant si longtemps de vivre ma vie, et qui me gênent encore aujourd'hui, ne sont autres qu'un message de mon corps pour dire STOP. "Stop, tu ne peux plus continuer ainsi. Ce n'est pas toi ça ! A quoi ça te sert de ne rien exprimer ?" Parce que ne pas ressentir, c'est comme ne pas vivre finalement. Alors, ces maux je les déteste parce qu'ils me font tant souffrir mais je pense, avec le recul, qu'ils étaient nécessaire parce que je ne pouvais pas continuer ainsi. 

Aujourd'hui, j'ai toujours aussi mal. Mais je me sens bien. Et ça, je pense que je ne l'ai jamais dit parce que je n'avais jamais été réellement bien. J'ai mis en place, avec l'aide d'autres personnes comme le personnel médical ou alors à l'aide des rencontres que je peux faire, beaucoup de choses et j'avance. Petits pas par petits pas. Mais je vois une grande différence : je me sens moi. Pour la première fois de ma vie, celle que je savais cachée au fond de moi, est la même que celle que je vois dans le miroir. Alors il y a encore du chemin pour que je sois complètement celle que j'aimerai être mais un énorme pas a été fait. Je m'affirme, je mâture, je prends plus confiance. Et ça se ressent dans tout mon cadre familial. Tout le monde va mieux. Je vais mieux. Je fais et dis des choses qu'il y a deux ans, je n'aurai jamais fait. Parce que je n'étais pas encore moi. Je ne sais pas pourquoi j'ai été ainsi mais je suis contente d'avoir ouvert les yeux et je suis fière de celle que je deviens.

J'avais besoin d'un profond changement et la clinique m'apporte tout ça. Alors, ne te m'éprend pas, j'aimerai ne plus y retourner ! Mais là-bas, j'arrive à aller en cours, je me suis fait des amis et je bouge. Je n'ai vraiment pas le temps de m'ennuyer. Et ça m'a permis, en seulement quatre mois, de m'affirmer plus, de m'ouvrir aux autres et de me révéler à moi-même. Je rentre moins chez moi et je vois mes parents dans un autre cadre. Mon frère a pu reprendre sa place parce qu'il faut le dire, pendant près de deux ans mes parents ont surtout dû me porter. On profite encore plus des moments où nous sommes ensemble, mes parents ont l'air mieux, mon frère grandi et moi je deviens moi-même. Alors malgré toutes les contraintes à gérer et le fait que ma douleur ne veuille toujours pas partir, ça va mieux.

 

A toi, ma douleur, j'aimerai dire quelques mots. Je te parle comme si tu étais une entité à part entière parce que je ne veux pas que tu fasses parties de moi. Je te déteste. Je vais mieux dans mon corps et dans ma tête, alors je ne comprends pas pourquoi tu t'accroches. Moi, j'apprends à lâcher prise. Je t'ordonne de me lâcher. Et de ne plus revenir. Je pense avoir compris le message. Merci de prendre la porte, une bonne fois pour toute.

Cette douleur, je veux qu'elle parte parce qu'elle n'a plus de raison d'exister. Et je sais qu'elle va finir par partir, je continue à garder espoir. Comme toi, comme moi, nous l'avons toujours fait.

Lettre à la jeune fille que j'étais il y a deux ans
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